Art et idéal

A quoi sert l’art ? Voilà une question difficile que celle de la finalité des œuvres d’art… Faut-il d’ailleurs présupposer que l’art doive avoir une finalité ? Ne peut-il pas être une simple production désintéressée ?

Le présent article veut simplement présenter une thèse importante relativement à cette question du but de la production artistique. Il s’agirait, pour l’art, de présenter l’idéal. En ce sens, la réalité peut parfois sembler décevante et déficiente. En effet, parvient-on aisément à trouver dans la réalité les qualités que nous souhaiterions y voir ? Il apparaît au contraire fréquent que notre imagination nous pousse à survaloriser le réel et produise en nous des attentes qui finissent par être déçues à cause de l’impossibilité pour le réel de rejoindre ce que notre imagination prend pour idéal.

Chercher l’homme ou la femme parfaite correspond alors certainement à un fantasme conduisant à la déception devant le constat des défauts inhérents à chaque individu. Deux possibilités s’offrent à nous : renoncer à cet idéal et éventuellement ne se servir de lui que pour juger l’écart entre lui et la réalité ; chercher à produire cet idéal et le rendre concret. Ce dernier souhait est celui du célèbre mythe de Pygmalion dans lequel la parfaite statue prend vie : seul moyen de palier aux imperfections de la réalité. Ce mythe est riche de sens et il mériterait d’être médité relativement aux désirs des hommes. L’enseignement que nous en tirerons dans le présent article est celui de cette tendance, dans l’art, à vouloir créer la perfection ; perfection qui sans lui n’est pas de ce monde mais perfection qui, paradoxalement, n’est pas atteinte non plus par l’art qui est incapable de donner vie à la matière (la statue reste “morte” sans l’intervention de la déesse). La seule perfection potentiellement atteinte par l’art serait donc celle de la forme. Et l’absence de vie qui semble être un défaut serait peut-être la condition de possibilité d’une forme qui resterait parfaite et serait moins soumise aux attaques du temps que ne le sont les êtres vivants.

L’œuvre d’art serait alors peut-être la seule possibilité pour l’homme de donner une représentation à ses idéaux. Par conséquent, l’art ne serait pas une imitation du réel. Bien au contraire, un tel projet artistique s’appuierait sur le caractère toujours décevant de la réalité pour présenter aux Hommes, à travers l’art, la véritable perfection.

Voici deux œuvres représentant des femmes : la Vénus de Milo et la non moins célèbre Vénus de Wilendorf. Au delà de leurs différences manifestes, ces deux statues ne sont-elles pas deux représentations d’un idéal féminin ? Idéal de la beauté certes susceptible d’évoluer selon les cultures, mais ne faisant pas moins de l’art le support privilégié de sa représentation.

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