Méthode d’explication de texte

Rq préalable

De la prétendue autonomie du texte de philosophie.

« La connaissance de la doctrine de l’auteur n’est pas requise. Il faut et il suffit que l’explication rende compte, par la compréhension précise du texte, du problème dont il est question ».

Cet extrait des exigences officielles de l’examen met clairement en évidence ce qu’il est possible d’appeler l’autonomie du texte philosophique au baccalauréat. Cette autonomie est certes relative, puisque, d’un point de vue plus large, un extrait possède toujours un rôle argumentatif dans l’oeuvre au sein de laquelle il trouve sa place. C’est pourquoi la compréhension totale d’un texte philosophique requiert, théoriquement, la connaissance de la doctrine de l’auteur, du contexte, et de l’ouvrage dans lequel s’insère l’extrait. Cependant, de telles connaissances ne sont pas exigibles chez un élève de classe terminale et il va de soi que l’extrait est donc choisi dans la perspective d’une certaine autonomie. Cette autonomie possède un avantage évident : elle permet l’économie de nombreux savoirs. En effet, le commentaire de texte ne doit jamais être un prétexte à disserter. L’exercice reste un commentaire de texte et non l’étalage de connaissances à partir du problème posé par l’extrait (même si ces connaissances sont justes).

Il est tout de même primordial de nuancer cette apparente inutilité des connaissances philosophiques pour une explication de texte. Les seules connaissances ayant droit d’apparaître dans le commentaire sont celles qui permettent d’éclairer la compréhension du texte. Par exemple, si le texte est polémique et s’il critique la thèse d’un autre philosophe, il sera particulièrement utile que vous connaissiez cette théorie philosophique dont il est fait la critique. Par ailleurs, l’acquisition de connaissances précises contribue à développer votre faculté à comprendre l’enjeu du texte, à le resituer dans une problématique philosophique particulière, et donc à saisir de manière pertinente la thèse du texte ainsi que sa portée. De même, les notions introduites dans le texte apparaîtront d’autant plus claires qu’elles vous seront déjà familières… Dès lors, on comprend que connaître son cours est un avantage précieux tant il permet de saisir l’implicite du texte.

Travail préliminaire

Les 3 éléments constitutifs du texte philosophique : enjeu, thèse, plan.

La plus grande partie de votre travail préliminaire consistera dans la recherche de ces trois éléments indispensables…

Trois notions fondamentales dirigent un texte philosophique et tiennent par conséquent une place primordiale dans le commentaire de texte. Cette trilogie notionnelle est constituée par : l’enjeu, la thèse, l’argumentation. Il existe une logique essentielle liant ces trois éléments et il apparaît nécessaire de bien la saisir car il faudra en rendre compte dans l’explication du texte.

1- l’enjeu

Un texte est toujours écrit dans un but particulier. Ce but est ce qui est appelé l’enjeu philosophique. En effet, l’enjeu est le problème philosophique que s’est posé un auteur et qui l’a conduit à rédiger un texte particulier. Dans sa signification la plus large l’enjeu se définit donc comme étant ce qui a motivé la rédaction d’un texte philosophique. En tant que motivation à la rédaction d’un texte, l’enjeu peu être de nature variée. Il est souhaitable de remarquer que cet enjeu peut être constitué par un ensemble de questions. On peut évidemment envisager un texte dont l’enjeu ne serait pas simplement constitué par une seule question du type « qu’est-ce que la liberté ? » mais que cette question soit doublée d’une autre comme, par exemple, « l’homme est-il libre ? ». Par ailleurs, un texte ne vise pas nécessairement la réponse à une question explicite. Il faut donc retenir la définition générale selon laquelle l’enjeu est ce qui a motivé la rédaction du texte.

2- la thèse

La thèse est le résultat de l’analyse de l’auteur. Elle répond nécessairement à l’enjeu du texte puisque si l’enjeu est ce qui motive la rédaction du texte, la thèse en est l’aboutissement ultime. Si l’enjeu est une question, la thèse devra être la réponse de l’auteur.

3- le plan

Le troisième élément du texte est l’argumentation proprement dite. L’enjeu est la motivation initiale, la thèse en est l’aboutissement. De manière évidente, l’argumentation est la transition entre ce qui constitue le projet du texte et son aboutissement. C’est grâce à une argumentation particulière que le philosophe peut aboutir à une thèse qui répond à l’enjeu initial. L’argumentation peut prendre des formes multiples et variées. Le commentaire de texte devra rendre compte précisément des différentes étapes argumentatives du texte.

Lire un texte de philosophie.

Les indicateurs fondamentaux de l’argumentation sont les connecteurs logiques et les expressions de transition. Ils permettent de définir un schéma argumentatif, et un tel schéma, quand il est bien saisi, conduit naturellement à l’énoncé de la thèse. A partir de ce schéma et de l’énoncé de la thèse il est possible de saisir véritablement la portée et le rôle de chaque proposition. Mais pour trouver tout cela, encore faut-il lire correctement le texte…

Lire un texte de philosophie n’est pas chose facile. Plusieurs lectures sont souvent nécessaires avant de se faire une bonne idée de ce dont il est question dans le texte. Ne soyez pas effrayés par les incompréhensions qui subsistent après les premières lectures. N’essayez même pas de tout comprendre tout de suite… La compréhension est un travail progressif qui suppose différents niveaux de lecture.

Il faut lire le crayon à la main. Cela signifie que vous devez, au fur et à mesure de vos lectures, relever un certains nombres d’éléments et noter au brouillon ce qui vous semble constituer l’enjeu, la thèse et le plan. Vous devez affiner progressivement la saisie ce ces trois points. Un texte philosophique ne saurait être compris grâce à une seule lecture. La première étape consiste à se familiariser avec l’extrait par une lecture attentive du texte (n’hésitez pas à le relire pour commencer à saisir le sens global du texte). Par la suite, la lecture doit être complétée par un relevé des connecteurs logiques et des expressions pouvant indiquer un rôle argumentatif. Vous devez alors commencer à chercher les transitions argumentatives du texte pour trouver les différents moments de son argumentation. Enfin, il est alors primordial de s’attarder sur chaque phrase, sur chaque proposition, afin de pouvoir dégager le schéma argumentatif détaillé du texte tout en commençant à avoir une idée très précise et nuancée de sa signification. Demandez vous  quel est le rôle de chaque proposition et quel est son sens. Voilà le type de question qu’il convient de se poser : « Suis-je en présence d’un exemple, d’une hypothèse, d’une affirmation, d’un constat… ? » ; « pourquoi l’auteur écrit-il cela ? » ;  «qu’est-ce que cela signifie précisément ?». Ce travail doit permettre de trouver ou de confirmer la thèse du texte puisque celle-ci est la conclusion de l’argumentation. Par la même occasion, l’enjeu doit désormais être clair.

Maintenant que vous avez une connaissance précise du détail du texte, il est possible de passer à la rédaction…

Intro

L’introduction permet au correcteur de vérifier que vous avez bien compris l’essentiel du texte. Veillez donc à bien montrer votre compréhension du texte. Il s’agit d’être clair, précis, nuancé et concis. L’organisation de l’introduction suit une logique simple :

  1. Présentation succincte de l’auteur, de l’œuvre, de l’extrait. PAS DE BIOGRAPHIE. Les informations présentes doivent apporter quelque chose à la compréhension du texte. Si vous n’avez pas la chance d’avoir des connaissances pertinentes à ce niveau bornez vous à situer brièvement l’extrait.
  2. Donnez précisément l’enjeu du texte.
  3. Énoncez précisément la thèse.
  4. Annoncez le plan argumentatif, c’est-à-dire les grands moments de l’argumentation. Il s’agit bien du plan du texte et pas d’un plan dont vous seriez l’auteur comme dans une dissertation… Vous pouvez donner le découpage du texte. Il faut surtout que l’acquis argumentatif de chaque partie soit clairement explicité.

Le plan du commentaire devra se calquer sur les grandes étapes de l’argumentation que vous avez présentées à la fin de votre introduction.

Développement

1- objectifs.

Le plan du commentaire est celui que le travail préliminaire a permis de dégager pour l’argumentation. Attention : le commentaire de texte est une explication linéaire. Comme son but est de retranscrire le mouvement de la pensée d’un auteur telle qu’elle apparaît dans un extrait, il est essentiel de respecter l’ordre argumentatif de cette pensée pour en rendre compte. Chaque étape argumentative doit être analysée de la manière la plus fine possible. Il faut questionner chaque phrase (passer sous silence certains éléments du texte est un crime terrible… Le correcteur partira du principe que votre silence trahit votre incompréhension), il n’y a rien de négligeable dans le texte. Par conséquent vous devez vous demander comment chacune des propositions participe à la démonstration de la thèse. Il faut se demander également ce que veut dire l’auteur par telle ou telle phrase. Le but est de déployer la signification de chaque proposition pour expliquer le fonctionnement de l’argumentation. La paraphrase est un écueil dangereux dans le commentaire et constitue souvent le refuge des élèves qui ne savent pas quoi dire. Il ne s’agit pas seulement de dire que tel philosophe dit une chose, il faut dire comment il le dit et ce qui justifie ce qu’il dit.

2- les bons réflexes.

Il faut donc toujours faire deux choses : insister sur la logique du texte dans laquelle la phrase prend place et chercher l’implicite de ce que dit l’auteur.

Exemples de questions à se poser de manière systématique afin d’éviter la paraphrase :

- quel est le rôle argumentatif de la phrase ? à quoi sert cette phrase dans le texte ?

- comment la phrase est-elle construite et en quoi cette construction est-elle significative?

- qu’est-ce qu’apporte la phrase par rapport à ce qui précède ?

- quelle est la signification de la phrase ? y a-t-il des nuances dans la formulation et si oui qu’apportent-elles ?

- quelles sont les notions clefs sur lesquelles la phrase repose ? Faut-il les définir ou sont-elles évidentes ?

- y a-t-il des images et des choix lexicaux qui marquent la signification de la phrase ? si oui, pourquoi l’auteur les a-t-il employés et quelle est leur portée ?

- l’auteur affirme-t-il quelque chose ? si oui, qu’est-ce qui justifie une telle affirmation ? y a-t-il des éléments dans le texte qui permettent de justifier une telle affirmation ? si oui lesquels ? si non, comment puis-je justifier ce que dit l’auteur ?

3- la critique.

Il est tout à fait possible (et parfois souhaitable) d’introduire, au fur et à mesure de votre explication, des éléments de discussion des affirmations de l’auteur.

Cela n’est toutefois possible que sur le fond d’une bonne compréhension de la portée du texte. Il n’y a en effet rien de plus ridicule qu’un élève qui aurait manqué l’ironie de l’argumentation et qui critiquerait alors ce qu’il croit être le propos de l’auteur (alors que celui-ci dit implicitement le contraire…).

Critiquer un texte revient à en examiner la portée et les limites de sa validité. Il y a peu de chance pour que ce que dit l’auteur soit stupide. En revanche, peut être est-ce discutable… Vous pouvez alors très bien vous appuyer sur le cours ou sur votre culture personnelle pour discuter la portée d’un texte et pour mettre en avant ses éventuelles limites. Quoi qu’il en soit, cela permet de saisir le texte de manière nuancée… Dans le cas où une telle critique est bien faite et qu’elle s’appuie sur une bonne compréhension du texte, c’est le jackpot…

4- la forme.

Sauter des lignes entre les moments principaux du devoir (entre l’intro et la première partie, entre les parties et entre la dernière partie et la conclusion). Il faut toujours penser que l’organisation visuelle de votre devoir participe à sa lisibilité et à sa portée auprès du correcteur.

Commencez chaque partie en rappelant ce qu’elle apporte au texte et sa contribution dans l’argumentation. Puis enchaîner l’analyse linéaire, phrase par phrase, en insistant bien sur l’évolution logique interne à la partie du texte. Prenez bien le temps d’expliquer l’implicite de chaque phrase. Enfin, concluez la partie en soulignant son acquis et en relançant le questionnement pour comprendre pourquoi l’auteur a poursuivi sa réflexion.

Conclusion

  1. Reprendre les acquis principaux de l’argumentation.

  2. Redonner la thèse en montrant en quoi elle correspond à l’enjeu.
  3. Eventuelle ouverture. Formuler une problématique complémentaire de l’enjeu du texte et qui en constituerait l’éventuel prolongement. Attention : mieux vaut ne pas donner d’ouverture que d’en faire apparaître une qui soit maladroite ou, pire, révélatrice d’une mécompréhension de l’enjeu du texte.

  4. Vous pouvez également réintroduire ici les éventuelles nuances ou les éventuelles difficultés relatives au texte que vous auriez mentionnées dans le corps de votre explication.

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